Lettre à la Ministre de la Santé: L’utilisation des électrochocs au Québec

 

 

 

Montréal, le 14 février 2019

Mme Danielle McCann
Ministre de la Santé et des Services sociaux
Objet : L’utilisation des électrochocs au Québec

Bonjour Madame  La Ministre,

En premier lieu, permettez-nous de vous féliciter pour votre élection ainsi que votre nomination comme ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Le Comité pare-chocs est un regroupement de personnes et d’organismes militant pour l’abolition des électrochocs au Québec.  Fondé en 2005, le Comité est intervenu publiquement pour faire connaître certains faits très troublants entourant l’utilisation des électrochocs au Québec.

Depuis sa mise en place, le Comité a maintes fois interpellé le ministre de la Santé et des Services sociaux pour obtenir des réponses aux nombreuses questions soulevées par l’utilisation des électrochocs.  Malgré une correspondance soutenue, peu de réponses nous ont été fournies. Les craintes légitimes que nous éprouvons face à l’utilisation des électrochocs et à son développement demeurent entières.

Pour ne donner que quelques exemples: quinze ans après la publication du rapport de l’Agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS) « L’utilisation des électrochocs au Québec » présenté au ministère de la Santé et des Services sociaux, aucune suite n’a été donnée aux recommandations de l’Agence.  Le rapport faisait ressortir entre autres choses : « Les incertitudes quant à l’efficacité et aux risques de l’ECT demeurent importantes.  Il est donc nécessaire de recueillir plus de données à cet égard. »

Une rencontre en décembre dernier avec le Dr Yves Robert, le directeur général et secrétaire du Collège des médecins, a conclu avec nous que le manque de connaissances était problématique concernant les électrochocs.

D’ailleurs, en octobre dernier, en Californie, un tribunal a autorisé un recours collectif contre les fabricants de machines à électrochocs.  Les plaignants poursuivaient la compagnie pour avoir caché des informations au public, dont le fait que les électrochocs provoquent des lésions cérébrales.

Alors qu’elle demeure une pratique controversée, la pratique des électrochocs se développe sans aucune surveillance au Québec. Le nombre d’électrochocs administrés au Québec est passé de 6811 en 2011 à 11,065 en 20171, ce qui constitue une augmentation de près de 65%.

Les données de la RAMQ pour 2017 nous indiquent que 44% des électrochocs sont administrés à des personnes de 65 ans et plus, dont près de 10% à des personnes âgées de plus de 80 ans.  Elles nous indiquent aussi que deux électrochocs sur trois sont donnés à des femmes.

Pourtant, une recherche récente dirigée par le psychiatre Harold Sackeim2 démontre que les électrochocs causent plus de dommages chez les femmes ainsi que chez les personnes âgées.  Cette situation nous inquiète grandement.

Alors qu’un expert de l’ONU appelle à se détourner de la forte dépendance aux médicaments et aux interventions médicalisées pour s’intéresser davantage à la lutte contre les inégalités et les «déséquilibres de pouvoir», on assiste au Québec à un accroissement accéléré de la pratique des électrochocs.

Aujourd’hui, bon nombre de personnes militent, ici comme ailleurs, pour revendiquer l’abolition pure et simple  des électrochocs.  Plusieurs d’entre elles témoignent aussi des impacts terribles que cette technique a eus sur leur vie. Les personnes qui ont subi des électrochocs, souvent sans voix, des personnes extrêmement vulnérables, doivent pouvoir s’exprimer, être entendues et protégées contre les mauvais traitements.

Il nous apparaît important et urgent que la ministre de la Santé et des Services sociaux assume un leadership et qu’elle intervienne dans le débat entourant l’utilisation de cette technique. La question des électrochocs, c’est une question de santé publique dont l’enjeu concerne touTEs les Québécoises et Québécois. Elle relève d’une responsabilité gouvernementale.

Aussi, nous aimerions vous rencontrer pour discuter avec vous de cette question et envisager les possibilités de collaboration dans ce dossier.

Espérant pouvoir vous serrer la main bientôt, veuillez recevoir, madame la ministre, nos plus cordiales salutations,

Ghislain Goulet, pour
Comité Pare-Chocs
http://www.actionautonomie.qc.ca/parechocs/parec.html

1  Source RAMQ
2  Sackeim, H. (2007). The Cognitive Effects of Electronconvulsive Therapy in Community Settings. Neuropsychopharmacology, 32, 244-254.

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